Kandy : Fête de la dent sacrée.
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Cette année-là, Anne-Marie et moi avions pris deux billets Mulhouse-Colombo (et retour évidemment) pour trois semaines, avec l’intention de passer au moins une semaine en Inde du sud.
Carnet de Voyage : Ceylan et Inde du Sud-Est, été 1980
Les phrases en italique et les notes ont été ajoutées au carnet original.
     
Vendredi 18 juillet 80 : Mulhouse --> Colombo (Sri Lanka).

Note : Depuis 1972, Ceylan a retrouvé officiellement son nom précolonial de Sri Lanka.
Colombo, sa capitale, devrait son nom aux portugais en 1517, en honneur de qui? De Christophe, évidemment !

Mulhouse 14h30 : L’organisme de voyage « le point de Mulhouse » nous donne nos billets et nous jette dans un bus pour Zurich. Envol de Zurich à vingt heures trente française. Nous faisons une courte escale en Arabie Saoudite en pleine nuit pour faire le plein.

Arrivée à Colombo à sept heures trente, soit onze heures locale. Nous sortons de l’avion sous la chaleur torride des réacteurs, avant de nous apercevoir très vite que cela ne venait pas des réacteurs, mais que c’était la chaleur ambiante que nous allions devoir supporter pendant trois semaines. Après quelques heures, nous y étions habitués et puis d’ailleurs c’était pire au Japon l’année dernière, non?

Nous essayons pendant deux heures d’obtenir un vol pour Male (Aux îles Maldives) et un autre trois jours après de Male à Trivandrum (Inde), mais échouons finalement pour le deuxième. Alors on réserve (toujours depuis l’aéroport) une chambre en guest-house (sorte de chambre d’hôte) à Colombo. Nous nous y rendons en passant par la YMCA (auberge de jeunesse) en la compagnie d’un jeune malais.

Dîner chinois et nous rentrons nous coucher tôt car nous sommes sur les genoux.

Une surprise attendait Anne-Marie dans la chambre quand elle s’aperçut qu’elle devrait la partager non seulement avec moi, ce qui n’est déjà pas un mince handicap, mais aussi avec quelques lézards. J’ai eu beau lui expliquer qu’ils étaient tout gentils, que eux pouvaient effectivement grimper aux murs mais pas les serpents, elle regarda sous le lit avant de se recroqueviller dessus en tressaillant à chaque bruit.

Samedi 19 juillet 80: Colombo.

Visite de Pettah, quartier commerçant et grouillant comme un souk oriental.

Acquisition chez Indian Airlines de vols Colombo-->Madras (Inde) et Tiruchirapalli (Inde) -->Colombo, du lundi au dimanche suivant, car Anne-Marie a détruit en dix secondes ce que j’avais mis sur pied avec une infinie patience et de gros efforts. Elle ne veut plus rester en Inde du sud plus de six jours… et encore, je n’ai pu obtenir ces six jours qu’après une âpre discussion.

Deuxième nuit dans la même guest-house, tenue par des gens vraiment charmants.

Dimanche 20 juillet 80: Colombo.

Hier, nous avions eu droit à un petit déjeuner très british : thé, toasts, something and eggs, ananas… ; aujourd’hui il est ceylanais : mangue, hoppers (crêpes de farine de riz avec ou sans œuf).

Bus jusqu’à l’hôtel intercontinental. Mais pour rentrer dans l’hôtel, Anne-Marie a dû faire un détour d’une centaine de mètres, dans le seul but d'éviter un charmeur de serpents.
Ensuite, l’air de rien, nous rentrons dans la piscine de l’hôtel, dans laquelle nous avons juste le temps de faire quelques brasses avant que l’on nous demande le numéro de notre chambre.
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Devant ce mini fiasco, nous allons en bus à dix kilomètres au sud, à Mount Lavinia (Dehiwala), une plage très touristique. Nous y buvons une bonne bière et nous nous rendons ensuite au zoo, paraît-il fameux. Sa visite se clôture par ‘la danse des éléphants’.

En revenant vers Colombo, une chose désagréable nous arriva : le bus était tellement bondé que mon portefeuille, qui se trouvait dans ma poche droite, n’a pas pu monter avec moi. 160 FF et environ 200 roupies ceylanaises (environ 60 FF) qui contribueront au relèvement du pays, sinon au moins à l’un de ses ressortissants. Cette visite du zoo nous aura coûté cher et certains auront bien appris des singes qui chipent les cacahouètes des touristes lorsqu’ils ne s’y attendent pas.

Note : L’inde et Ceylan utilisent chacun la roupie, mais avec des billets différents. Du reste, roupies indienne et ceylanaise n’ont pas la même valeur.

Lundi 21 juillet 80 : Colombo --> Madras (Inde).

Réveil tôt pour rejoindre l’aéroport à 10 heures. Une heure plus tard, nous atterrissons à Madras à bord d’un Boeing 737. Nous réservons une chambre avec air conditionné car il fait déjà 33°C. Un bus affiché 'SPECIAL' nous conduit directement à l’hôtel. Il est effectivement spécial car il ne démarre pas avant d’être suffisamment plein.

Après installation, nous rejoignons l’office de tourisme d’un coup de bus (0.25Rp) afin de se réserver une excursion à travers Madras le lendemain et une autre à Kanchipuram et Mahabalipuram le surlendemain. D’un coup de cyclo-pousse à deux roupies, nous mangeons chinois puis revenons directement à l’hôtel.

Mardi 22 juillet 80 : Madras.

Grasse matinée puis visite de la ville, assez décevante. Dîner chinois à l’hôtel New Victoria. Délicieux !

Mercredi 23 juillet 80 : Madras-70km-> Kanchipuram -70km environ-> Mahabalipuram -54km->Madras.

Debout à six heures car l’excursion démarre à sept heures trente.

La première étape est Kanchipuram, une des plus vieilles villes de l’Inde du Sud, une des sept cités saintes de l’Inde et donc un lieu de pèlerinage très fréquenté.
Visite assez décevante là aussi : on nous montre une succession de temples à une allure forcenée. Nous devons en plus quitter nos chaussures et marcher pieds nus dans les temples.

Le centre de ceux-ci nous est interdit car nous ne sommes pas hindous (mais les indiens musulmans peuvent rentrer comme ils veulent, les chiens et les éléphants aussi !) Comme si cela ne suffisait pas, le simple fait de se promener avec un appareil photo ou une caméra nous coûte une somme exorbitante. Pour ceux qui n’en ont pas ou qui les ont bien cachés, c’est gratuit.

Il faut ajouter à cela une horde de mendiants, culs-de-jatte, aveugles… sur quatre pattes, sur trois pattes, sur les mains, qui vous suivent partout la main tendue, vous empêchant de contempler les temples et d’écouter les explications du guide, commencées alors qu’il n’y avait encore personne autour de lui, dans un accent anglais qui n’a plus grand chose à voir avec celui d’Oxford. Et bien sûr, il y a les gosses qui vous demandent de l’argent ou des stylos, sans parler des marchants de statuettes, de sandales et autres sacs en peau de serpents. 
Bref, je ne suis pas d'humeur.

La seconde étape, la ville de Mahäbalipuram, encore appelée Mamallapuram, est tout de même plus intéressante, il faut le reconnaître. Les blocs monolithiques sculptés au Sud et surtout la grande fresque (27m sur 9) en bas-relief, représentant une multitude d’hommes, d’animaux, de dieux et autres créatures mythiques. Intitulée ‘descente du Gange’ ou ‘pénitence d’Arjuna’ selon les spécialistes. Quelle que soit la légende, Shiva en est le Héro et l’eau sans doute le principal sujet.

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Kanchipuram: temple de Varadaraja, manifestation de Visnu (11ème s.).


Mahäbalipuram : blocs monolithiques sculptés.


Mahäbalipuram : Bas-relief.

Mahäbalipuram est un ancien port vers Sri Lanka et l’Asie du Sud-Est. La ville eut l’honneur d’y voir passer quelques jours les Beatles incognito.

Le soir, re-chinois et discussion avec deux anglaises ( pardon, deux galloises !).

Jeudi 24 juillet 80 :Madras -162km->Pondichéry.

Pondichéry était, avec Chandernagor, Karikal, Yanaon et Mahé, le principal comptoir français. La présence française se poursuivit jusqu’en 1954.

Quatre heures de bus pour arriver à Pondichéry.

Hôtel Victoria Lodge : 30 roupies, sans air conditionné mais avec des lézards qui créent chez Anne-Marie une grosse crise de nerfs sous la douche. Elle ne se sent pas à l’aise, mais alors pas à l’aise du tout dans ce foutu pays, dit-elle.

Comme à Madras, nous empruntons les rickshaws et sommes maintenant très fermes sur les prix. Sinon ils ont tendance à nous demander au moins cinq fois le prix. Pour un à deux kilomètres par exemple, je donne deux roupies indiennes (environ 1 FF), alors que le prix théorique est de 1 à 1,5 roupie et qu’ils m’en demandent 5 à 10 roupies. De plus, ils nous emmènent dans des hôtels où ils reçoivent une commission. Une fois le prix convenu au départ, cela ne les empêche pas de réclamer de nouveau à l’arrivée, prétextant que c’était le prix par personne, que nous étions lourds ou bien qu’ils avaient pédalé vite.

Le soir, nous nous offrons un repas plus que français dans un restaurant tenu par un ancien colon ; succulent !

Vendredi 25 juillet 79 : Pondichéry.

Visite de l’Ashram Sri Aurobindo le matin : très décevant. On nous traîne de boutique en boutique réparties dans la ville et qui représentent toutes les activités de la fraternité. Les fabrications du papier, des mosaïques et des dessins sur soie étaient tout de même intéressants. Mais je n’ai pas vu un seul blanc travailler dans un de ces ateliers. Où étaient-ils ? À se dorer la pilule à Auroville ?

Rien que pour une histoire d’horaire de bus, nous nous sommes sentis obligés d’aller voir Auroville. Nous n’y avons vu que du béton, des bungalows et quelques ‘aurovilliens’ qui ne cherchaient pas le contact avec les touristes que nous étions.

Samedi 26 juillet 80 : Pondichéry -200km-> Tiruchirapalli.

Départ en bus à huit heures. Cinq heures vingt de trajet pour faire quelques 200 km. Et encore, il fonce comme un fou dans les troupeaux de vaches, buffles, femmes et enfants. Comme la priorité en Inde est à celui qui klaxonne le plus fort, nous avions mis des bouts de coton dans les oreilles et ce n’était pas du luxe !

Il faut ajouter à cela qu’il n’y a jamais de clignotant (le chauffeur ou le contrôleur tend le bras). Par moment, le chauffeur boit un grand coup de flotte en s’en foutant partout, ce qui ne nous gênerait en aucune manière s’il ne quittait pas la route des yeux pendant plusieurs secondes. Et enfin, n’importe qui s’arrête n’importe où, au milieu de la route le plus souvent, pour changer une roue par exemple… Ce qui explique le nombre assez fabuleux d’accidents la nuit.

Nous arrivons ainsi sains et saufs à Tiruchi…. quelque chose (Tiruchirapalli).

Nous descendons juste en face de l’hôtel. Le bus pour rejoindre l’aéroport part de là également. Anne-Marie ne voulant plus se déchausser, je visite seul deux très beaux temples hindous, beaucoup plus imposants que ceux que l’on nous avait fait visiter auparavant.

Le troisième temple situé sur la colline ne vaut que pour le point de vue sur cette ville imposante et ses différentes cultures.

En refermant la porte de la chambre pour aller souper, je vis une souris passer entre mes jambes pour se faufiler dans la chambre, et tout en dînant, j’en vis une autre longer le mur avant de disparaître. Je priais alors intérieurement pour qu’Anne-Marie ne l’aperçut point, ni celle-ci ni une autre, car alors tout aurait pu arriver (le pire, s’entend).

Le dîner nous a valu un léger différent avec le garçon trop zélé et un peu trop cupide à notre goût. Si bien qu’il n’a même pas eu droit aux 10% de service. Rendez-vous compte : alors que je rangeais les pièces de monnaie qu’il m’avait rendues et que je m’apprêtais à ranger également les trois billets de deux roupies qui restaient sur le plateau, je vis une main s’emparer du plateau accompagnée d’un « thank you sir ». Un quart de seconde après retentit un « No » sec, tandis que ma gain gauche s’abattit sur le plateau comme une volée de sauterelles sur un morceau de salade ou peut-être mieux, comme le bras de Francis Blanche sur un poignet féminin dans « les tontons flingueurs », accompagné de la mémorable exclamation : « Touche au grisbi, salope »

Dimanche 27 juillet 80 : Tiruchirapalli --> Colombo (Sri Lanka).

Après plus d’une heure de contrôles administratifs, nous pouvons rejoindre Ceylan où nous nous sentons déjà presque comme chez nous à Colombo.

On passe chez Avis pour prendre commande d’une R12 avec chauffeur à partir de demain matin, avant de rejoindre notre guest-house.

Lundi 28 juillet 80 : Colombo -170km-> Nuwara Eliya.

Notre chauffeur s’appelle Ivan, bien de sa personne et parle un anglais correct. Il vient nous chercher à neuf heures mais nous ne partons de Colombo que vers midi, direction Nuwara Eliya, ses montagnes et ses plantations de thé. Les paysages sont vraiment magnifiques !

Nous couchons au Tourist-home pour quarante-huit roupies, ce qui fait que notre chauffeur n’est pas vraiment heureux ; il voulait nous emmener dans un hôtel à 300 Rp où il aurait été logé et nourri gratis. On mange au Grand Hôtel où une horde d’allemands visitent Ceylan à leur manière.


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Récolte de feuilles de thé dans la région de Nuwara Eliya.
Mardi 29 juillet 80 : Nuwara Eliya --> Amparai.

Nous visitons ce matin une usine à thé. Après être séché par air chaud, le thé est malaxé puis passe par différents tamis pour en déterminer la qualité. La meilleure qualité étant le B.O.P. qui est fait avec de jeunes pousses. Les cueilleuses sont des tamils indiennes, main d’œuvre étrangère que l’on peut se permettre de payer quatre roupies par jour (1 FF), nourries et logées. Le chauffeur nous soutient pourtant que leur salaire est de quarante roupies par jour. Ces cueilleuses repassent tous les six à dix jours sur les plantes à thé pendant toute l’année. On visite ensuite le jardin botanique qui est complètement bidon. Et la balade prévue à Horton Plains est malheureusement abandonnée à cause du temps. Il pleut et le plafond est très bas depuis que nous sommes arrivés dans ces montagnes. Nous filons alors vers Inginiyagala d’où nous pensions pouvoir pénétrer dans le parc national.

Mais le seul hôtel du pays était plein et il n’y avait plus de place en bateau pour le lendemain. De plus, ça coûtait 450 roupies pour deux. Nous poursuivons alors jusqu’à Amparai où nous couchons à la Rest-house (littéralement maison de repos, qui est soit d’état soit reprise en main par une compagnie publique).

Mercredi 30 juillet 80 : Amparai --> Batticaloa

Direction Batticaloa où nous descendons également à la Rest-house, juste à côté du fort. Nous cherchons en vain la plage, mais de toute façon le bain aurait été dangereux à cause des courants. Le soir, nous essayons d’entendre le fameux chant des poissons, mélodie montant ici du fond des eaux lagunaires et dont le mystère reste non élucidé, mais nous ne distinguons qu’une immense chauve-souris.

Jeudi 31 juillet 80 : Batticaloa -32km-> Kahlkuda

Direction Kahlkuda et la bronzette sous les cocotiers. Nous logeons dans un bungalow à 320 roupies car les deux seuls autres hôtels sont à 600 et 1000 roupies.

Baignade, farniente, et cartes postales sont les seules activités de la journée. Il y a quelques grands singes qui s’approchent peu de nous. Le soir nous dînons à l’hôtel distant de cinq cents mètres de notre bungalow. Or nous finissons vers vingt heures et la nuit est tombée depuis plus d’une heure. On veut revenir par la plage, mais la vue de quelques petites chauves-souris dissuade très vite Anne-Marie. Commence alors une terrible équipée de 500 mètres par la route, qui prendra plus d’une demi-heure. Armée d’une lampe de poche,

Anne-Marie sursaute au moindre bruit et tremble de peur. La vue de ce qui semblait être un petit serpent va tout déclencher. En cinq minutes, la crise de nerfs va atteindre son paroxysme : Anne-Marie me saute sur les pieds en m’entourant de ses bras et en sanglotant. Il ne me restait plus alors que deux solutions : lui envoyer un direct dans la mâchoire pour l’assommer, ou la faire monter sur mon dos. Manquant de pratique pour le premier cas, je me retrouvais donc avec un chargement qui menaçait de m’étrangler à chaque pas. Et je n’avais pas le droit d’être fatigué ! Nous arrivâmes malgré tout et je ne sais comment à bon port.
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Préparations à la pêche au filet.
Vendredi 1er août 80 : Kahlkuda --> Polonnaruwa

C’est l’anniversaire d’Anne-Marie mais je ne lui ai encore rien acheté. En route pour Polonnaruwa. La Rest-house est pleine et nous descendons dans un hôtel correct.

Cette ex-capitale connut son apogée au XIème siècle, mais fut abandonnée et disparut ensevelie sous la forêt tropicale pendant cinq siècles, avant d’être redécouverte par des archéologues de la fin du XIXème . La visite de ses ruines nous demandera deux heures sous le soleil ; Anne-Marie se fait prier et refuse d’aller plus loin. Ce n’est de toute façon pas terrible et il faut filouter pour prendre des photos (car sinon il faut payer un permis de 45 roupies). L’intérêt du lieu réside surtout en la compagnie d’une ribambelle de singes. Le soir, nous lions connaissance avec deux professeurs françaises et un québécois constructeur de barrage à Ceylan.

Samedi 2 août 80 : Polonnaruwa --> Trincomalee.

Nous emmenons les deux profs avec nous à Trincomalee, car elles en ont soupé du bus, nous disent-elles. Nous trouvons à loger chez un pêcheur juste sur la plage pour quinze roupies par lit. Il n’y a pas de ventilateur et le lit est dur, mais c’est propre. Nous passons l’après-midi sur une super plage à Nilaveli, à 14 km au nord de Trincomalee, pour plonger dans les grosses vagues.

Dimanche 3 août 80 : Trincomalee

Ce matin, le patron nous a proposé une sortie en bateau à Pigeon Island. Mais vu l’état du bateau (bon, mais sans possibilité de s’asseoir nulle part) et vu que le moteur avait pris la flotte (par notre faute), nous n’avons fait qu’une centaine de mètres vers le large en dérivant. Nous nous trouvions donc condamnés à faire bronzette et à passer une bonne heure dans l’eau. Au bout d’une heure et demie de ce petit jeu, nous étions complètement grillés. Nous passons alors le reste de la journée à discuter à l’ombre et à oser une petite promenade en fin de journée dans le village avec un bon parapluie comme pare-soleil. Le soir, le patron nous sert un crabe exécrable !

Lundi 4 août 80 : Trincomalee --> Sigiriya.

Direction Sigiriya où nous descendons dans un superbe Rest-house ; demi-pension à 250 roupies.

Nous attendons qu’il fasse un peu moins chaud pour envisager l’escalade du piton rocheux où sont nichées ces fameuses fresques du Vème siècle, les « dames de Sigiriya ». Les 21 restantes (sur semble-t-il 500 au XIIIème ) sont effectivement très belles. Mais au moment de monter tout en haut pour y jouir de la vue, voilà-t-y pas que ces lascars nous disent qu’il est cinq heures et qu’il est trop tard. Or, nous avions payés en bas trente roupies par tête. Tout ceci fait éclater la colère qu’Anne-Marie avait méticuleusement accumulée depuis trois semaines : et que je te les engueule ; S… , F…, etc. Tout y passe, ça a fait une telle impression qu’une minute après on pouvait passer.

Le soir, on déguste un fabuleux ‘Rice and curry’ et on se saoule à l’Arack’ que nous essayons à toutes les sauces.

Mardi 5 août 80 : Sigiriya --> Kandy

Nous quittons les deux autres françaises qui retournent à Polonnaruwa, et prenons la route de Kandy. En chemin nous nous arrêtons pour visiter une fabrique de batiks.

Tout d’abord deux ou trois hommes dessinent des motifs sur du tissu de coton blanc. Ensuite le tissu est plongé dans un premier bain pour lui donner sa couleur de fond, après que les contours aient été enduits de paraffine. Puis sont enduits à nouveau de paraffine les endroits qui ne doivent pas recevoir la prochaine couleur. Nouveau bain, on enlève la paraffine etc...


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Dans une fabrique de batiks.
Les tissus sont importés d’Inde et les colorants d’Allemagne. Le procédé, d‘origine indonésienne, a été introduit à Ceylan il y a à peine dix ans, contrairement à ce que prétend le petit guide officiel. Nous en profitons pour acheter quelques batiks.

À Kandy, nous logeons à la guest-house que nous avions réservée huit jours avant. Notre hôte est le recteur de l’université de Kandy, et se fait un plaisir de nous raconter plein d’histoires d’archéologie tout en éclusant force Arrack. Il nous raconte ses démêlés avec le pouvoir lors des élections de 1977. Il avait eu peur en particulier que ses étudiants se fassent descendre par les militaires et avait refusé l’ordre de les quitter.

Après-midi, visite du musée.

18h30 : cérémonie du temple de la dent du Bouddha : des musiciens jouent en bas pendant que le public défile au premier étage pour voir l’endroit où est enfermée la relique, sous sept cloches d’or.
La dent de Buddha était considérée comme une relique qui protégeait le pays et garantissait les droits du souverain.

19h30 : danses ceylanaises avec coupure de courant en prime, comme tous les soirs !

Mercredi 6 août 80 : Kandy.

Le chauffeur nous fait une grosse scène car il veut nous obliger à regagner Colombo, et ceci depuis samedi dernier déjà. Sa compagnie lui aurait dit que nous avions la voiture pour sept jours seulement, alors que nous avions bien précisé à Avis que nous la prenions pour sept jours au moins.

Nous lui répondons donc qu’il peut rejoindre Colombo s’il veut, mais qu’il peut toujours courir pour qu’on lui paye le trajet Kandy-Colombo. Il se le tient pour dit.

Ce matin, nous allons faire une grande promenade dans le jardin botanique à quelques kilomètres de Kandy : des arbres vraiment étranges et des milliers de chauves-souris accrochées à l’envers à la cime des arbres. Nous faisons ensuite quelques achats.

Nous allons ensuite voir un film ceylanais. Il n’était pas sous-titré en anglais, mais nous en avons compris tout de même l’essentiel : deux amoureux s’aimaient d’amour tendre, mais la famille du prétendant ne juge pas la dote suffisante. Ils veulent 10 000 roupies, soit l’équivalent de 3000 FF (450 euros), une véritable fortune.

Un ami de la famille va alors, au péril de sa vie et en tout cas de son honneur, voler dans son usine trois fraises à usiner pour les revendre au marché noir, ce qui est effectivement plausible quand on connaît le prix de ces engins. La famille ignore la provenance de cet argent et le mariage a lieu. On apporte la dote sur un plateau d’argent et la grand-mère part compter ses billets avidement. Le mot FIN apparaît en surimpression sur la police qui vient arrêter le voleur.

La morale de cette histoire nous semblant un peu nébuleuse (le voleur au grand cœur est-il pardonnable, ou doit-il être sévèrement condamné ?), nous posons alors la question au chauffeur qui était aussi venu voir le film. Il a dû se dire qu’il n’y avait que des occidentaux pour oser poser une question aussi idiote.

Nous parlâmes un peu du film à notre hôtesse et celle-ci nous appris que tous les mariages étaient ici arrangés par les familles, le sien ne faisant pas exception à la règle. Nous avons d’ailleurs vu par la suite dans la presse des petites annonces mentionnant la caste et la dote. Autres pays, autres mœurs, mais n’oublions pas que nous émergeons à peine de ces pratiques et qu’elles existent encore sous des formes plus hypocrites. Et puis finalement, c’est peut-être eux qui ont raison.

Jeudi 7 août 80 : Kandy --> Colombo

Nous revenons tranquillement vers Colombo en suivant une route agréable. Nous nous arrêtons dans un centre d’élevage et de démonstration d’éléphants, ce qui nous permet de finir nos pellicules. Le guide du centre nous dit qu’il va nous faire visiter cela assez rapidement car le chauffeur lui a dit que nous étions pressés. Ça alors ! Il aura joué au con jusqu’au bout, celui-là. Nous prenons alors un malin plaisir à prendre tout, mais alors tout notre temps ! Arrivés à Colombo, le règlement ne pose aucun problème. La voiture nous sera revenue tous frais compris pour 700 miles (un peu plus de 1100 km) à presque 4 000 roupies, soit 1200 FF (180 euros).

Nous avions rendez-vous à dix-sept heures avec un employé de banque qui nous avait invité à venir dîner chez lui. Malheureusement, son fils ayant fait des conneries dans son école hors de Colombo, sa femme avait été obligée de partir. Il nous emmena alors manger chinois après une petite bière. Il nous confirma que nous logions bien chez le fils du garde des sceaux, lui-même banquier. Il nous appris aussi les dessous politiques du pays et en particulier l’épreuve de force engagée entre les syndicats et le gouvernement.
En arrivant à Ceylan il y a trois semaines, nous avions appris qu’une partie de l’administration était en grève, notamment dans les trains. En Inde, nous avions pu lire dans ‘The Hindu’, que le gouvernement Sri Lankais avait décrété l’état d’urgence et licencierait tout gréviste. De plus, il bloque les comptes en banque des syndicats. Mais la grève tient bon et la situation pourrit. Notre interlocuteur pense que cela va s’aggraver, mais que l’on n’assistera pas à un changement de régime.

Vendredi 8 août 80 : Colombo --> Mulhouse 

Le matin, nous allons nous baigner à Mount Lavinia puis revenons faire quelques courses l’après-midi. Mais il y a un activité étrange au centre ville. Il y a des militaires tous les dix mètres et des blindés parcourent les rues. Nous interrogeons un soldat qui ne daigne pas nous répondre. On apprend malgré tout qu’il y a eu une manifestation le matin même, réprimée par l’armée. En réponse à l’intervention militaire, tout est fermé : boutiques, banques, même les vendeurs de rues ont plié bagage. Seul le Laksala est ouvert.

Note : le Laksala est un grand magasin d’état où l’on trouve tous les produits d’artisanat fabriqués au Sri Lanka.

Nous rejoignons l’aéroport assez tôt pour décoller vers les 23h30 sans tracasserie administrative. Nous recevons l’autorisation de sortir de l’avion pour visiter l’aéroport du détroit d’Ormuz en Arabie Saoudite, tout neuf et tout beau.

FIN

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